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Le retour

21/11/2013 | | 0 Comment |

Le retour

Depuis mon retour, beaucoup m'ont demandé comment gérer les défis liés à la vie sur le trail. C'est un mode de vie qui s'impose à vous avec une facilité déconcertante, contrairement à ce que l'on pourrait penser. Comme je vous l'expliquais dans l'article précédent, les obligations sociales et relationnelles sont en fait simplifiées. Depuis quelques semaines, ce sont les défis liés au retour que je me dois de relever.

 

Généralement inconscient, il m'a fallu être très attentif à mon appétit, insatiable juste après l'arrêt de la marche. Les deux premières semaines après le trek, je pouvais difficilement passer deux heures sans rien avaler. Je savais qu'en réduisant ma dépense énergétique quotidienne, il allait falloir me retenir de grignoter pendant la période de réadaptation à un besoin calorique « normal ». En effet, avec un kilométrage quotidien pouvant aller jusqu'à soixante, il nous fallait, trekkeurs du PCT, un apport calorique d'au moins cinq mille kilocalories par jour. Il était difficile d'arriver à cela lorsque nous étions sur le chemin. Nous mangions constamment, ce qui n'était pourtant pas toujours suffisant pour nous rassasier. Nous compensions donc souvent en ville en commandant deux repas de suite tout en marchant moins ce jour-là, voire pas du tout. Il était courant de me réveiller le matin avec une crampe à l'estomac et un besoin irrésistible de manger jusqu'à ne plus pouvoir rien avaler. Une fois la fin du trek, cette sensation n'a pas disparue du jour au lendemain. Il me fallait rationner et surtout résister à l'envie de snacks tout au long de la journée, chose qui était devenue plus importante, même, que les « repas » durant le trek afin de ne pas être à court d'énergie lors d'une ascension.

 

Après avoir vécu pendant cinq mois dans les bois, certaines de nos priorités ont changé. La notion de temps n'est plus la même. Une journée de retard pendant le trek correspond à une heure de retard en société. Beaucoup de choses nous paraissent futiles après nous être uniquement préoccupés de nos besoins les plus basiques pendant si longtemps : bien manger, rester hydraté et rester au chaud. Au retour, les relations avec les gens reprennent leurs artifices. Les premières fois après mon arrivée en France, il m'est arrivé de me sentir mal à l'aise dans une situation sociale pourtant « normale ». J'essaye de ne pas être de ceux qui passent leur temps à parler de leur aventure, car j'ai toujours préféré être à l'écoute des autres avant de parler de moi mais aussi car il serait difficile d'expliquer ce que ces cinq mois peuvent représenter. Peu seraient prêts à se mettre dans une situation nomade. Mes expériences ? Il faut les avoir vécues. Les mots ne suffisent pas. Ce sont des sentiments, de la souffrance, des rires et des larmes. Une vue ? Je peux bien vous la décrire mais comment exprimer ces sentiments à la vue du coucher de soleil sur Whitney, plus haut sommet des États-Unis hors Alaska, après une ascension de cinq ou six heures. Le tout après déjà plus d'un mois et demi de trek. La relation à cette expérience ne peut pas être comparée à l'ascension d'un jour. Les efforts fournis pour en arriver là étaient bien trop importants. La vue ne peut pas être réduite à une couleur orangée dans le ciel. Il y avait tout un contexte dont il fallait faire l'expérience. J'ai bien des photos, mais elle ne ferait pas justice à l'incroyable beauté de la nature vue à travers les yeux d'un trekkeur longue distance.

 

Je suis donc à la recherche d'un job depuis mon retour en France, voilà bientôt quatre semaines. Diplômé de commerce international, il est difficile dans le contexte actuel de trouver un employeur prêt à faire confiance à quelqu'un qui n'a pas d'expérience « significative » dans le domaine. Comment justifier de façon convaincante que j'ai préféré découvrir le monde, voyager, « barouder » pendant un temps avant de me consacrer à ma sacro-sainte carrière ? Cela dit, je ne regrette rien quant à mes choix post-universitaires. J'ai vécu (et continuerai à vivre) et serais quelqu'un de très différent si je n'avais pas pu avoir ces expériences. Pourtant, rien de convaincant jusqu'ici, professionnellement parlant. À croire que mes qualités de survie (incluant la préparation feu de camp, la chasse à la pintade sauvage et une aptitude bien au-dessus de la moyenne à faire mes besoins en forêt) ne sont pas d'un grand intérêt pour un employeur.

 
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